L'HISTOIRE DU SLAM
Voir egalement : L'histoire du slam français (site 129H.com) et Wikipedia



INTRODUCTION

Mouvement poetique, social et culturel, le slam apparaît a Chicago dans les annees 80. Il herite des cultures poetiques europeennes, americaines et africaines en y ajoutant la ferme volonte de donner la parole à toutes et tous. Base sur la notion de communaute, le slam affirme le caractere democratique de la poesie et lui ajoute une dimension de spectacle

La «slam family» s'inspire du mouvement punk et rejoint parfois le hip hop par ses revendications sociales. Mais surtout, le slam abolit les frontières cloisonnant les styles, les genres, les poetes de la rue et les poetes «académiques».

Marc Smith, un jeune écrivain de Chicago, baptise le mouvement sSLAM ( claquer: en anglais). Dans un bar nommé le Green Mill, il organise des compétitions de poésie ( Uptown Poetry Slam) arbitrees par le public.

Ces rencontres-combats (pour rire) connaissent un vif succes, relaye par les medias des 1987. Le mouvement gagne San Francisco par le biais de l'Association Nationale de Poesie, puis l'ensemble du territoire americain.

L'International Organization of Performing Poets structure et resserre les liens entre les nombreuses equipes qui organisent des slams à travers les Etats-Unis. Le mouvement se propage et se federe avec le premier Grand Slam National Américain en 1990 à San Francisco.

La «slam family» tire sa force de la diversite des voix et de l'organisation tres precise des championnats, regis par des regles strictes qui permettent au mouvement de rester à la fois ouvert et creatif sans perdre la notion de communaute.

En 1996, deux journalistes s'interessent au slameur Saul Williams, vainqueur de plusieurs compétitions américaines et vedette des documentaires (Underground Voices) et (Slam Nation) de Paul Devin. Surtout, il participe à la rédaction du film SLAM realise par Marc Levin en 1997, dont il joue le role principal. Camera d'or au Festival de Cannes 1998, ce film fait mondialement connaitre le mouvement. CNN, MTV et la presse font sortir la «Slam Family» du milieu underground.

Le mouvement se développe alors en Europe, dans le monde, d'Israel à Singapour en passant par l'Australie. Les scenes et les associations se multiplient à Paris, St Denis, Mantes la Jolie et en province. En France, le slam conserve surtout de son modele americain la notion de communaute mais les slams sont plus generalement des scenes ouvertes sans jury plutot que des competitions.

la naissance du slam :

1-Des origines non conventionnelles

Art collectif, tribune de libre expression, mouvement a forte revendication sociale, le Slam prend racine dans une culture qui emprunte autant à la tradition de la poésie américaine (de Walt Whitman a Allen Ginsberg) qu'a la culture afro-américaine (des dirty dozens au toasting) et au mouvement punk.

Des la fin des années 70, les lectures de Jerome Salla et Elaine Equi font figures de précurseurs. Vient ensuite la performance de Ted Berrigan et Ann Waldam, qui, vetus d'un equipement de boxeurs, se livrent à une joute sur le modèle des matchs de boxes, joute qui marquera les esprits.
Des nouveaux gladiateurs du verbe font leur apparition et, en faisant descendre la poesie de sa tour d'ivoire, conquierent un nouveau public.

On s'accorde à situer les origines de la poesie slam remontent au milieu des annees 80 quand, Marc Smith, jeune écrivain informel de Chicago, eut l'idee d'organiser une compétition de poesie dans le bar Green Mill.

Smith voulait que le public devienne juge en prenant part à la dialectique poete-public. Il voulait faire descendre la poesie de sa tour d'ivoire pour acquerir un statut semi-populaire et envisageait le poete comme le serviteur du peuple. Aussi, le style slam devait se construire à partir de contributions d'origine democratique, issues de la communaute et du public. Marc Smith inventa alors le "slamming": la poesie contre les conventions, dans les bars au lieu des salons ou des clubs.

Ce nouveau mouvement fut baptise ironiquement le slam-poesie des beaux quartiers (the uptown poetry slam). Ces premiers slams avaient l'aspect de tournois d'exhibition et, bien qu'informels, ils ressemblaient deja, en beaucoup de points, à ce qu'ils sont aujourd'hui.

Pour le premier slam, Jean Howard et Anna Brown endossèrent des tenues de combat cloutées et portèrent des armes. Marc Smith voulait une bataille. Et les poetes devaient user de leur poesie comme d'une arme. Les arbitres etaient choisis parmi les auditeurs. A l'aide d'un petit carton, ils attribuaient une note (de 1 à 10) à chaque poeme lu. A la fin du tournoi, les scores étaient additionnes pour déterminer le vainqueur.

A ce moment là, personne n'avait une claire définition du slam qui s'ebauchait. Il s'agissait de faire comprendre au public que le slam, certes un combat, pouvait permettre aussi de s'exprimer avec subtilite, calmement, dramatiquement, etc...

Des novembre 1987, les rencontres slam ont leur chronique dans le Chicago Magazine et deviennent le grand evenement de la ville. Cette fois, tous les ingrédients sont là pour connaitre le succes : le public, l'esthetique, la contribution d'artistes, la participation de personnalites...

Aussi, le phenomene se propage rapidement dans tout le pays et connait un grand succes. L'ambiance est celle d'un match de boxe carnavalesque; on vend des hot dogs pendant les tournois; à l'exterieur, un bonimenteur harangue la foule. Le but est de combiner la poesie et le spectacle, le travail theorique et la theatralisation, le spectacle.

En octobre 90, à San Francisco, Herman Berlandt et Jack Mueller de l'Association Nationale de Poesie, organiserent un festival national de poesie auquel participerent pour la premiere fois les slameurs. Gary Glazner etait en charge de l'organisation. Glazner contacta Marc Smith afin de l'eclairer sur les moyens logistiques d'organiser un slam. Le slam se fraya ainsi un chemin jusqu'au departement des affaires culturelles de Chicago.
Le slam atteignit son apogee dans la ville de Chicago, permettant à maints ecrivains locaux de se faire connaitre. Le fosse entre les ecrivains académiques et les slameurs se creusa encore plus. Les slameurs de Chicago mettaient en avant la question sociale. Formellement, ils evitent la rime, le système metrique traditionnel, et d'employer comme sujet le "je" usuellement réservé au style narratif. Le slam étant un art oral de spectacle, ils refusent toute publication et édition.

Marc Smith decida d'offrir à San Francisco son concept du slam. L'ecole slam de Chicago conquit rapidement San Francisco. Il restait à conquerir la cote Est, ce qui fut fait rapidement.
Boston devint la rivale de Chicago. Des 1992, Boston accueillait les championnats nationaux du Slam. Le climat politique agressif de Boston en 1992 favorisa l'essor et le succes du Slam en Nouvelle-Angleterre.

Tres vite, le slam se repandit à travers les USA. Chaque semaine, chaque mois, dans plus de vingt villes americaines, des ecrivains se rassemblaient pour faire entendre leur voix par le biais du spectacle, chaque communauté accentuant ses propres specificites culturelles.
En 1993 se tint le premier Slam dans le metro, sous l'eau (the Underwater Slam) à San Francisco. Les poetes firent un spectacle de 20 minutes dans le métro entre la baie de San Francisco et Berkeley. Lorsqu'ils annoncerent qu'ils envisageaient de répéter cette opération hebdomadairement, les gens, pris de panique, quitterent precipitamment leur siege pour se réfugier dans un autre wagon.

Ce festival de San Fransisco en 1993 fut un tournant dans l'evolution de la communaute. De nombreux desaccords parmi les equipes organisatrices firent prendre conscience aux membres de la communaute de l'urgence de structurer les rassemblements. Un comite fut cree (L' »International Organisation of Performing Poets » ou IOPP) charge d'organiser les competitions nationales et d'en mettre aux points les regles du jeu. Il mit aussi en place des rencontres internationales : les International Olympics. Depuis des competitions sont regulierement organisees a echelle nationale dans de nombreux pays autres que les USA (France , Royaume-Uni, Suede , Israel, Danemark, Suisse, Singapour ….) , ce qui atteste de toute la vivacite du mouvement slam.

Ce comite assure cohesion au mouvement et a reussi a creer une vraie communaute qui a ses regles de vie, surtout aux USA.
Souvent, une scene locale oppose divers cafes, première zone d'echange. Interviennent ensuite les competitions nationales et internationales. Ces rassemblements sont des moments unificateurs pour l'ensemble de la « slam family ». C'est aussi l'occasion de brasser les idees, les poetes lient de nouvelles amities et découvrent de nouvelles influences : « the people come to read their poems and to have a good time. Maybe they make new friends. Maybe they win $10. Who knows what could happen?»

Ces rassemblements donnent lieux a de nombreuses critiques de la part des participants ou chacun exprime sa conception de la communaute, les enjeux des compétitions… Souvent les votants discutent jusqu'au petit matin des performances. Un reel dialogue existe et soude la communaute, le mot d'ordre est : « Our strength is the diversity of our voices. »



Le dialogue entre les nombreux groupes est ensuite entretenu à distance grace au Slam news service que propose un site internet SlamNewsletter . Il permet de nombreux echanges d'opinions entre slamers: nombreux sont ceux qui critiques les performances, les votes , l'activisme du mouvement ; il est le siege de nombreux debats. Lien unique entre les differentes villes, il est accessible à tous, et assure toute la cohesion de la communaute. Le SlamNews Service distribue aussi a tous ses adherents les dernieres nouvelles officielles: compte-rendus des dernieres competitions, plannings futurs…Peu de mouvements d'expression ( musicaux ou poetiques) sont aussi coherents , soudes et ouverts que la « Slam family» des annees 90. Celle-ci se distingue par son organisation quasi rigide, qui genere emulation et creativite.

2 - Le règne des championnats

Jusqu'en 1996 les divers championnats et festivals representent les evenements majeurs de la scène slam et contribuent à sa popularisation. Ils sont organises sur trois echelles : locale , nationale ,internationale.
Ce sont des evenements democratiques et fedrateurs, qui ressemblent beaucoup aux matchs sur rings organises a Chicago. Les regles sont tres strictes et l'ambiance oscille entre mouvements de contestation et nuee d'applaudissements.

Au sein des cites, a l'echelle locale, les poetes s'affrontent dans des cafes et cafes theatres d'habitues. Il y a des epreuves par equipes et un concours individuel. Les juges sont choisit au hasard dans l'audience. La composition d'une equipe peut varier au cours de la soiree, le choix de ses membres est une veritable strategie qui evolue fonction des performances des autres equipes. Si les adversaires d'une equipe ont obtenue une bonne note, l'equipe aura interet a faire conquerir ses meilleurs membres mais ceux-ci devront renoncer à la competition individuelle ; les tensions montent, chaque poete doit choisir entre son interet individuel et l'interet collectif. Les soirees sont tres animees et passionnantes. Les vainqueurs remportent une recompense sous forme de prime (souvent une centaine de dollars).

Le spectacle est fascinant, des spectateurs s'emportent en applaudissement et des poètes protestent contre un vote injuste.

Les cafes theatres organisent souvent d'autres evenements: concerts, representation theatrales… Ils sont un lieu d'echange, d'eclectisme et de creativite tres vivants. A l'image du Nuyorican poetry cafe à New York.

Les rencontres nationales

Au niveau national, les regles de competition sont plus strictes. Le poete ne dispose plus que de 3 minutes pour declamer avec une periode de grâce de 10 secondes. Chaque poete est considere comme membre d'une equipe. Il reçoit un droit de vote et choisit les deux ou trois equipes qu'il juge les meilleures. Chaque equipe doit ecouter toutes les autres afin que chacune soit eligible. L'ambiance est plus calme. Les equipes sont responsables non seulement du vote mais aussi de l'evolution ultérieure de la "legislation" slam : elles emettent des critiques sur les regles du jeu, la validite d'un vote ( pas assez de villes presentes…) Les vainqueurs se voient recompenses par des primes pouvant atteindre 1000$.

Les championnats nationaux jouent un rôle important en ce qui concerne la renommée d'une équipe et influencent ainsi grandement le devenir des actions locales entreprises par cette équipe. Ainsi le mythique Nuyorican Poetry Slam , champion en 1996, a imposé son café théâtre comme un lieu incontournable de la scène slam américaine. Et l' Austin Poetry Slam a une action très étendue au Texas.

Globalement, si la communaute slam creee au niveau local des lieux de rassemblement qui doivent etre propice à l'echange avant toute forme de competition, le role des rencontres nationales n'est pas clair du tout, ce sont surtout des qualificatifs pour les rencontres internationales. Les Compétitions internationales Les Poetry Olympic sont lieux chaque annee dans des pays ou une communaute slam est tres active. Ils sont organises depuis 1996. Des qualifications sont organisees au niveau national dans tous les pays participants. Des championnats se sont deja deroules a Jerusalem ( octobre 1996), Hambourg (Fevrier 1997), Johannesburg (1997), Stockholm ( Octobre 1997 et octobre 1998). Les reunions sont tres animees, des poetes « chauffent » la salle et des groupes discutent autour de bouteilles.

Bien que tres organisees, ces competions ne sont pas tombees dans l'academisme et conservent la convivialite des bars de leur origine. Les poetes sont souvent passionnes et declament devant une assistance attentive avant que les votes donnent lieu a de vives manifestations ( tel ce poete s'estimant lese qui assaillit le president du jury jusqu'a ce que celui-ci lui decerne la victoire (le lendemain). Les recompenses atteignent des montants tres eleves (de l'ordre de 2000$ pour l'équipe gagnante et de 500$ pour le champion individuel) et ajoutent à l'intensite de la soiree… Si le systeme de vote est identique à celui des compétitions nationales, certaines regles peuvent changer au fil des ans comme celle concernant la langue. Lors des premieres olympiades toutes les prestations se faisaient en anglais, puis l'IOOP a decide de mettre en valeur le multiculturalisme qui caracterise ses rassemblements en exigeant que les representants d'un pays s'expriment dans leur langue maternelle, une equipe s'exprimant dans une seule langue. Un pays peut avoir plusieurs representants selon que son eventail linguistique est plus ou moins large (comme la Suisse ou Singapour).

Ainsi, le debut des annees 90 est une periode de solidification de la slam family a travers ces competitions. Durant cette periode des cafes se sont imposés en tant que pepinieres de poetes (Nuyorican cafe, Austin cafe…) qui alimentent les competitions. Ces dernieres sont tres animees ( certains poetes vont jusqu'au strip tease, les juges passent souvent 24 heures sans dormir afin de regler des disputes…) si bien que le slam se forge progressivement une identite de « sport sanguinaire» au sein du mouvement litteraire americain. Mais les differents championnats sont ainsi l'occasion pour la communaute d'exprimer de defendre des enjeux sociaux et politiques. Loin d'etre un clan ferme, la slam family entend creer des debats d'idees concernant tout un chacun; elle pourrait etre rapprochee du mouvement hip hop de part ses revendications sociales : elle prone liberte d'expression et realisme., elle chante la rue la violence et le désespoir, l'amour et les reves aussi…
Bientôt elle interesse les medias. La popularisation du mouvement commence avec quelques retransmissions televisuelles comme les « Spoken Words : Unplugged diffusés par MTV en 1992 et 1994. Elle ne fait que s'accroitre.


3 - De l'underground a un art a part entiere

Jusqu'en 1996, le mouvement est reste relativement peu connu en dehors du milieu underground. Quelques disques (GrandSlam ! en 1994) et rapports journalistiques ( about : comtemporary poetry) donnerent au Slam une place de renegat dans la poesie contemporaine americaine. Il restait une forme d'expression minoritaire, notamment aupres des jeunes, dans les formes d'expression contemporaines. Elle fut revelee grace a l'interet des journalistes Tony Award et Paul Devin qui collaborerent avec le slameur Saul Williams. Grand champion du Nuyorican Poetry Cafe de Brooklyn et vainqueur de la competition nationale de Portland en 1996, il fut mis en vedette par Tony Award dans le documentaire -Underground Voices- qui relate le championnat. Il contribua aussi à l'ecriture de - SlamNation -ou Paul Devin analyse la montee en popularite du Slam.
Par la suite, en 1997, Saul Williams co-redigea le scenario du film -SLAM- realise par Marc Levin. Celui-ci retrace l'histoire d'un ancien prisonnier qui survit en prison grace au pouvoir de la poesie. Prime camera d'or au festival de Cannes 1998 et grand prix du Sundance de la meme annee, « Slam » marque la reconnaissance du slam ou spoken word en tant qu'art à part entiere.

Une consequence immediate est l'explosion de la popularite du Slam : la presse s'est emparee du phénomène; CNN était presente aux championnats nationaux d'Austin en 1998 et a suivi deux équipes quelques mois auparavant, PBS aussi, et MTV parle des « Real Worlders »
Des lors, les agitations internes de la « Slam Family », les controverses au sujet des votes, donnent lieux a de nombreux articles. La « Slam Family » a quitte le milieu underground et devient une scene à part entiere avec ses evenements et ses scandales comme le « Boston Globe Scandale » ( la journaliste et poetesse Patricia Smith redigea des colonnes enflammees dans le Boston Globe et se vit licenciee pour fabulations, d'ou un vaste debat autour de la verite dans le travail journalistique.). Des personnalites occupent le devant de la scene , Patricia Smith bien sur, mais aussi Gayle Danley, Bob Kaufman, Jack McCarthy, qui obtiennent des prix à repetition lors de championnats nationaux et qui eurent une action mdiatique non negligeable.

Petit à petit , le Slam se forge une identite dans les milieux musicaux et poetiques americains. Il est reconnu en tant qu'art oral , un art de representation qui exprime toute sa force dans l'instant de la declamation. Il est musique de part les rythmes, sonorites et intonations des poetes, lorsque les mots sont vivants en dehors de toute signification, lorsque les impressions et sensations que cree le poete deviennent messages à part entiere : lorsque la violence, la rebellion, l'amour et l'injustice sont transmis dans le flot de paroles, dans le fleuve vivant que declame le poete charismatique.

Le slam est aussi poesie de part les images dont regorgent les chansons, la poesie la moins académique qui soit. Enfin reconnu, ses influences sont plus variées que jamais : les artistes s'inspirent de rythmes hip hop, flamenco, de blues pour les melodies ; ils decrivent la réalité de la rue, tout ce qui les frappe dans un vaste mouvement contestataire et s'attaquent à des sujets toujours plus varies ( violence, meurtres , sexualite, scandales, racisme, plagiat…).
Le Slam est devenu aux USA le lieu de la liberte d'expression absolue.








Extrait du site "Polysemiques"


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